Contrat de collaboration, partenariat entre l’Agence des TICS au Mali (AGETIC) et la société General Computech (GC)

Interview Le Point Afrique de Mohamed Diawara : « Le numérique doit être créateur d’emplois »

Mouhamed Diawara DG General ComputechNous vous présentons ci-dessous l’interview du Point Afrique de Mouhamed Diawara lors du Forum de la jeunesse qui s’est tenu à Bamako du 11 au 13 janvier, Mohamed Diawara, président de l’Association des sociétés informatiques du Mali (Asim) et entrepreneur à la tête de la société General Computech à Bamako est venu prêcher sa vision pour faire du numérique un levier de l’économie, dans son pays, le Mali. Comment ? En formant des compétences. Le e-banking, la télémédecine, l’agri-business, la révolution numérique made in Africa est en pointe dans les domaines du numérique, et ces secteurs sont désormais pourvoyeurs d’emplois. Son propos fait aussitôt mouche auprès des jeunes Africains venus assister aux différentes conférences en prélude au Sommet des chefs d’État et de gouvernement. Mais les défis restent nombreux entre le déficit en termes d’infrastructures, l’absence d’approvisionnement suffisant en électricité… en toile de fond, reste la question de savoir comment l’entrepreunariat peut accompagner cette transformation digitale dans un contexte qui évolue finalement très peu. Comment saisir et accompagner les opportunités ? L’entrepreneur et expert des questions numériques a répondu aux questions du Point Afrique.

Le Point Afrique : Quelle économie numérique pour l’Afrique ?

Mohamed Diawara :

L’avenir du numérique pour l’Afrique se définit déjà aujourd’hui. Mais cette question englobe aussi celle sur la place du numérique africain dans la communauté universelle. Pour nous, l’enjeu majeur du numérique en Afrique doit s’articuler autour de l’emploi. C’est-à-dire que le numérique doit être créateur d’emplois, en nombre pour résorber en partie le chômage. Mais aussi répondre à d’autres urgences. Parce qu’actuellement, le chômage des jeunes, c’est la cause du terrorisme, de la violence, du déséquilibre de notre démocratie. Pour pallier ces problèmes qui représentent des enjeux énormes pour nos pays, il est important de mettre l’employabilité numérique au cœur de notre politique, et au cœur de notre stratégie de développement, au service de la jeunesse et de l’emploi. Concrètement, nous formons des jeunes prêts à répondre à l’offre numérique proposée sur place. Ces emplois permettront dans le même temps de répondre aux besoins de souveraineté et de gouvernance numérique. Et aussi aux besoins de nos secteurs porteurs comme l’agriculture, l’agri-business, la santé et la télémédecine. L’idée est de faire en sorte que le capital humain qui existe en Afrique réponde aux besoins du numérique.

Quels enjeux pour la formation aux métiers du numérique en Afrique ?

Au Mali, nous avons structuré le projet numérique autour d’une verticale. Elle regroupe tous les acteurs de l’écosystème, que ce soit la société civile, les entreprises informatiques, les écoles, les incubateurs autour d’un projet de formation, mais aussi d’identification des filières numériques pour permettre de booster l’entrepreunariat numérique. D’autres domaines de vie comme la citoyenneté numérique sont abordés et développés, parce qu’aujourd’hui le numérique apporte une civilisation. Et à mon avis aucun pays ne mérite de rester en marge de cette dynamique. Il faudrait dans nos cas réussir à créer des ponts avec les différents continents impliqués dans le contexte africain.

Mais aujourd’hui, un cap a été passé dans l’innovation, on ne peut plus seulement répondre aux enjeux de solidarité…

S’il n’y a pas de problématiques, alors il n’y a pas d’innovation. Et l’Afrique doit prendre ces problématiques comme des opportunités. Les problèmes d’électricité, d’Internet, de connectivité, d’accès aux infrastructures de base sont toujours là. Et je suis content de voir des initiatives se multiplier toujours plus pour les résoudre. Le problème de la fracture numérique, ce sont des opportunités, les contraintes liées aux déplacements, à l’accès aux soins sont des opportunités. C’est à partir de ces opportunités qu’il faut identifier et créer des portefeuilles de projets sur lesquels les jeunes peuvent imaginer des filières numériques. Il faut être patient, la révolution industrielle a pris du temps, donc il faut accepter les premiers échecs de nos jeunes. Il est normal que la révolution numérique connaisse aussi son lot d’échecs.

L’entrepreunariat ne semble plus faire l’unanimité pourtant….

On voit beaucoup de start-up ou d’entreprises qui s’arrêtent les premières années. C’est bien normal, car il faut un premier retour d’expérience afin de construire une vision objective et à long terme du numérique. Il ne faut pas qu’on aborde le sujet du numérique à court terme, on doit réfléchir à des stratégies à moyen et long terme pour permettre de répondre à quelques difficultés quotidiennes. C’est aussi l’occasion de réfléchir à notre stratégie de développement et d’envisager le numérique comme levier. Acceptons l’échec de nos start-up pour construire l’avenir numérique africain de demain.

Quelle stratégie numérique pour les États africains ?

De son côté, je trouve que l’État malien a très bien compris cette donnée. Le Mali, en Afrique, a progressé de la 143e vers la 141e place du classement Doing Business malgré la crise, malgré le terrorisme et l’incertitude. En réalité, c’est grâce au numérique que le Mali a gagné ces places. Parce que le numérique a été transversal dans les réformes entreprises par le gouvernement avec la création d’un département numérique (ministère de l’Économie numérique) et l’adoption d’un plan (Mali 2020). Il faut du numérique désormais pour intégrer les nouvelles données à destination des investisseurs. C’est ainsi le climat des affaires qui est assaini, ainsi que l’attraction envers les investisseurs étrangers.

Source : Le Point Afrique

l’economie numerique peut etre un tremplin pour le mali

Mohamed Diawara, président de l’Association des sociétés informatiques du Mali (ASIM). Jeune franco-malien, Mohamed Diawara, est persuadé que l’innovation technologique liée au numérique peut créer des emplois et booster l’économie malienne.

L’Afrique, un continent dynamique et riche d’opportunités

« Le dynamisme de l’Afrique est une réalité incontestable. Partout, dans tous les pays qui la composent, il y a des femmes et des hommes qui se battent pour aller de l’avant. Il y a aussi une jeunesse volontaire qui travaille pour façonner un avenir meilleur » affirmait Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères et du Développement international dans un éditorial consacré  au forum franco-africain pour une croissance partagée. C’est justement à cause de son dynamisme dans le numérique que Mohamed Diawara, président de l’Association des sociétés informatiques du Mali (ASIM) était l’un des 700 invités de ce sommet. Un forum qui a réuni le 6 février à Paris trois chefs d’Etats africains,  une cinquantaine de ministres en provenance de 33 pays et surtout près de 500  entreprises françaises et africaines afin de mettre la jeunesse, l’innovation et les financements innovants au cœur de la nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France.

« On est aujourd’hui à l’heure du numérique et toute une économie s’est organisée dessus avec tout ce que ça peut créer comme avantage compétitif pour un pays », explique avec conviction ce jeune entrepreneur franco-malien  pour qui l’innovation technologique est la clé du succès. Il cite des services comme le « e-banking », qui permet de faire tous ses paiements en ligne,  de consulter et gérer ses comptes, d’effectuer des versements et virements. Un service créateur d’emplois développé par le Rwanda qui veut faire disparaître la monnaie à long terme et dont l’innovation technologique représente 14% du PIB.

Le Mali et l’économie numérique

Selon lui, le Mali a posé ses jalons avec la création d’un département numérique (ministère de l’économie numérique) et l’adoption d’un plan Mali 2020. « Mais, c’est la mise en œuvre qu’il faut voir, car le problème dans notre pays est de trouver des cadres compétents,  donc il faut former les ressources humaines », soutient M. Diawara qui dirige également General Computech, une société spécialisée dans l’ingénierie informatique, télécom, sécurité et formation. « L’économie numérique peut être un tremplin pour le Mali, mais la qualité et le coût d’accès à l’internet peuvent être des freins à son développement»,  prévient-il, persuadé que la jeunesse africaine doit se former de plus en plus pour tirer vers le haut ce continent.

Une vision qui s’inscrit en droite ligne dans les objectifs de la Fondation franco-africaine pour la croissance, AfricaFrance, lancée à la suite du forum et dirigé par  le franco-béninois Lionel Zinsou. Comme l’affirmait ce dernier : « L’Europe a besoin de la croissance de ce continent, de sa créativité et de son énergie humaine. Et l’Afrique a besoin de tous les alliés possibles, et donc des européens parce qu’il y a urgence. Entre les deux mondes, un atout essentiel : les diasporas ».

A. DIALLO (http://www.malicom.net)